Les Puces font leur cinéma jusqu’au 13 novembre.
La soirée inaugurale fut particulièrement brillante. Écaillers, traiteurs, sommeliers satisfirent tous les goûts, les fleuristes, décorateurs,
comédiens, musiciens, danseurs avaient créé le décor hollywoodien.
Dans les allées et sur petits et grands écrans, le spectacle fut permanent. Marchands et clients avaient endossés les costumes de films
célèbres et jouaient leurs rôles avec élégance.
Les Puces ont souvent été la vedette de cinéma, un joli montage des meilleurs moments
en rappela les souvenirs. Ainsi, dans les années ’70, le marché hétéroclite était fréquenté par des chineurs convaincus qu’ils allaient dénicher à vil prix un tableau de maître qui se vendrait
cent fois le prix négocié.
À l’époque, il y avait des dizaines de petits métiers qui pourraient bien revivre en temps de crise, notamment celui de ramasseur de mégots.
Les restes de cigarettes collectionnés étaient ensuite dépouillés des filtres et du papier, le tabac fut vendu pour quelques sous. Avec la hausse du prix des cigarettes en 2011 et en 2012, cette
niche commerciale pourrait de nouveau être occupée…
Le chiffonnier lui aussi faisait ses petites affaires, car un bout de tissus est bien utile pour nettoyer, faire briller ou confectionner des
carpettes.
De cette histoire, il n’y a plus trace dans les marchés Vernaison, Biron, Serpette et Dauphine est trop récent pour l’avoir vécue. Les Puces
de Saint-Ouen s’orientent vers le triste sort du Village Suisse : goudronné, aseptisé, mondialisé qui ne se distingue en rien du Louvre des Antiquaires.
À une exception près : entre la Porte Montmartre et Saint-Ouen, la misère des fouilleurs de poubelles attire quelques chalands. Les
biffins y sont de plus en plus nombreux. En 1970, ils avaient leur contremaître qui leur imposait sa loi, en 2011, ce sont des agents de
ville qui attribuent les places avec parcimonie et contre présentation d’une pièce d’identité. Les vendeurs de week-end non régularisés sont refoulés par les CRS plusieurs fois par jour.
Mais ce marché de la survie ne participe pas aux Cinépuces, « Sous le patronage de Monsieur
Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication ».