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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 20:13

Lang Lang, découvert sur Youtube, je voulais le voir absolument lors de son passage à Paris.

Le 24 août 2010, je m’étais précipitée à l’ouverture du guichet de la Salle Pleyel et emportais le dernier billet à 10 €, la place ZZ101 dans l’orchestre.

Hier, le 2 avril 2011, la salle était comble.

L’ouverture du Carnaval romain d’Hector Berlioz interprété  par l’Orchestre national des Pays de la Loire sous la baguette de John Axelrod se prêta bien comme début d’une soirée musicale prometteuse.

Tous les instruments se fondaient cependant dans une ratatouille dont surgissaient seuls par moments le triangle et les trombones. J’attribuais l’écrasement sonore des instruments à l’acoustique de la salle, plus qu’au choix délibéré du chef d’orchestre – la suite me montra que ce résultat était dû à la baguette de John Axelrod. Sa direction était plaisante à voir, pleine de jeunesse, de gaieté et de dynamisme, mais ne pouvait concurrencer à mes yeux avec l’un de mes chefs préférés, Myung-Whun Chung qui sait mettre en valeur chaque musicien tout en conservant l’unité de l’œuvre.

 Ma Mère l’Oye de Maurice Ravel fut ensuite interprété dans sa version pour piano à quatre mains par Herbie Hancok et Lang Lang assis côte à côte devant l’instrument Pleyel. Je distinguais  mieux la virtuosité de chacun des deux pianistes que l’histoire racontée par le compositeur aux enfants, en cinq chapitres.

Avec la Rhapsodie hongroise n° 2 de Franz Liszt et la Danse Hongroise n° 5 de Brahms, les deux interprètes m’ont conquise : ce fut très gai, même drôle et j’avais envie de danser avec eux.

À l’entracte, je résumais mentalement les points forts et faibles. Il me sembla qu’aucune partition jouée par Lang Lang  ne pourrait être enregistrée telle quelle sur CD : certaines notes étaient trop longues et d’autres libertés avec la composition auraient du mal à être acceptées par le mélomane assis au salon devant sa chaîne HIFI ; pour apprécier la dimension grand spectacle de l’interprétation,  il fallait être dans la salle.

La deuxième partie de la soirée me déçut à plus d’un titre. Les pièces pour piano seul notamment jouées par Lang Lang n’étaient ni de la musique classique virtuose, ni de la musique chinoise traditionnelle. La lune se reflétant dans un lac,  La lune chassant les nuages, Le Printemps du compositeur Lü Wencheng n’avait de chinois dans le jeu de Lang Lang que l’intention. Pourtant, les touches des sons aigues étaient réglées pour des tonalités très métalliques, utiles pour produire des couleurs chinoises.

Ce détail m’avait déjà irritée lors de l’interprétation de Ravel. Lorsqu’on joue des œuvres aussi variées, il faudrait disposer de pianos différents, ou bien les régler entre les changements de répertoire.

 

Au fait, personne n’a souligné que le grand piano à queue utilisé hier soir, c’était un « Double Piano Pleyel ». Je ne saurais dire, si celui-ci a été manufacturé en 1920 !

http://www.nettleandmarkham.com/double_piano.htm

Ce qui prouve que le public français est si peu formé à la culture musicale qu’il ne se pose même pas la question pourquoi les  pianistes sont d’abord assis tous les deux devant le clavier à gauche – vu de la salle – alors que pour la Rhapsody in Blue de Gershwin ils se font face, chacun devant son clavier relié au même corps de piano !

Pour moi, ce fut une découverte, je n’avais encore jamais entendu évoquer le "Duo-Clave" de Pleyel ! Prouesse technique, mais sonorité moyenne.

Moyenne fut la Rhapsody in Blue, moyenne la virtuosité de Lang Lang.

De retour à la maison, je me suis rendue sur le site :

http://www.citedelamusiquelive.tv/Concert/0961889.html

La prestation de la vedette y est encore moins brillante. Surprenant l’amalgame que l’artiste fait entre l’œuvre de Shakespeare, la  culture américaine et Mozart. On dirait une espèce de « digest » ou de Fast-food de la musique. Tant de désinvolture étonne, elle est tangible dans l’interprétation  des œuvres. Je n’ai pas constaté que Lang Lang a réussi la musculation de ses doigts dont il parle devant les enfants de la Cité ;  il effleure ou caresse les touches et utilise la vitesse pour cacher des erreurs.

Devant le jeune public à la Cité de la Musique, il accompagne l’excellent violoniste chinois Gourgan ( ?) jouant sur son Erhu l’air très célèbre  La course des chevaux. En 2001, j’ai pu l’entendre à Hong Kong et réécoute régulièrement le CD. Même à cette œuvre traditionnelle chinoise très subtile,  Lang Lang ne rend pas justice au piano.

 

Le plus gênant pour moi est son style maniéré. Un effet de manche qui lui a probablement été conseillé par la grosse machine à gagner, le spécialiste en stratégie et marketing CAMI :

http://www.cami.com/

S’entourer de stars, de chefs d’État, se produire dans des reality-shows, sur des terrains de sport et faire de la publicité pour Audi ou Sony, avoir un Steinway à son nom, s’habiller en Versace, participer aux galas de bienfaisance et présider une fondation, tout cela cimente la réussite made in USA – mais dessert en réalité le véritable talent et empêche l’évolution de l’artiste, cf. http://www.sallepleyel.fr/pdf/note_programme/np_10957.pdf

L’interprétation de Chopin que Lang Lang donna à la Cité de la Musique reste loin derrière celle de Rachmaninov que j’écoute toujours avec un plaisir renouvelé (enregistrements de 1927 – 1930). Le pianiste sino-américain est aussi moins tatillon en ce qui concerne la préparation et l’accordement du piano. Jamais, il n’égalera les concerts d’Arturo Benedetti Michelangeli.

 

Ce que visent les managers de Lang Lang, c’est le grand public. Ils ciblent les masses et ne se soucient guère de satisfaire les vrais amateurs.

 

Dommage. Lang Lang pourrait devenir on pianiste inoubliable, s’il corrigeait ce que les connaisseurs lui reprochent.

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