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5 octobre 2008 7 05 /10 /octobre /2008 18:53

 

 

La nuit est propice à la création.

 

Divaguons d’abord un peu et reprenons La création et son mythe, afin de suivre finalement un fil conducteur : pour les anciens Perses, quatre anges gardent et surveillent les quatre coins du monde. Les Indiens, Ceylanais et Birmans les placent au pôle du sud.

 

En Allemagne, ce furent quatorze anges gardiens qui étaient censés entourer mon berceau.

 

À Paris, à la tombée de la nuit, une affiche prévenait les noctambules : « Gare aux anges ».


 

Cela pouvait aussi bien signifier « Méfiez-vous des anges » que « La gare aux anges ».

 

Je cherchais par conséquent mon départ à la Gare de l’Orient, plus connue comme « Gare de l’Est ».

 








Et c’est là que mes anges gardiens m’ont fait monter dans un anthropomobile venant à point pour porter l’handicapée du genou que je suis jusqu’à la gare de Lyon, sur la scène de Bollywood.  Grâce à la merveilleuse prévoyance de mes protecteurs, le trajet en calèche qui se transformera en citrouille à minuit dura un temps record, soit une heure et demie. L’équipée croisa en route trois attelages sur les huit  en circulation ayant déjà rendu âme et batterie de secours. Après moi, peu de chanceux eurent encore le privilège de se faire transporter au milieu des dangereux carrefours de la Bastille, dans les rues en sens interdits ou fonçant au péril de toutes les vies sur les trottoirs. Subissant les regards et remarques de badauds à pied ou en voiture sortie tout droit du Mondial de l’Automobile, je n’avais ressenti aucune honte à me faire conduire par un esclave ; le jeune étudiant lyonnais gagnait 2 euros par kilomètre parcouru, inscrit sur son compteur – c’est la Ville qui payait, pour le passager c’était gratuit, ainsi que pour la publicité faite à la SNCF.

 

Nous étions encore le 4 octobre, jour d’anniversaire du premier vol de Sputnik - que j’avais vu filer devant ma fenêtre près du Rhin alors que j’étais âgée de 11 ans. Cette date était donc particulièrement indiquée pour continuer dans la voie qui ouvre et raccourcit l’espace et ainsi,  je me suis laissée emporter par Météor, me retrouvant en un instant au centre de la terre, c'est-à-dire dans le 1er arrondissement de Paris.

 

À quelques pas de la station, j’ai pénétré dans l’église Saint-Merri, située à l’intersection de l’ancienne voie romaine Nord –Sud. La petite église porte le nom d’un saint oublié qui, en venant à Paris, aurait semé des prodiges sur son chemin, délivrant les prisonniers et guérissant les malades. La paroisse lui est restée fidèle, elle milite activement 

 

« Dans un contexte particulièrement répressif (quotas d’expulsions, évincement de la Cimade de son monopole d’assistance juridique au sein des centres de rétention, volonté de fichage généralisé, etc.), le RCI s’emploie à conforter ses principales actions - permanence juridique, cours de français - et ses orientations, à commencer par la sensibilisation des communautés chrétiennes à l’accueil de l’étranger.

 

Nos 2 activités principales dans l’accompagnement des "sans-papiers" sur le chemin de l’insertion : la permanence juridique et le cours de français.

 

http://www.saintmerri.org/ 

http://reseau-chretien-immigres.org/ 

Sur les présentoirs de Saint-Merri trône le « Petit Guide pour lutter contre les préjugés sur les migrants ».

De telles lectures et activités ne plaisent pas beaucoup, ni aux socio-démocrates, ni à l’ordre établi, et même pas à la rédaction de La Croix qui ne mentionna pas ce lieu d’événements culturels - au sens large - parmi les onze églises participant officiellement à la Nuit blanche.

 

Hier soir, je n’aurais visité cette église si je n’avais voulu m’assurer que Hugo Bonamin répond toujours présent par ses œuvres à la nuit la plus blanche de toutes. http://www.bonamin.com/ 

Et en effet, son esprit planait au-dessus de nos têtes. Il nous fit voir les sièges qui se placent de plus en plus haut, invitant à prendre la perspective ex cathedra. Avant d’être cet observateur en hauteur, le spectateur se place dans le périmètre de la Coupole des interprètes , une autre création de Hugo, où évoluent et se mettent à planer des acrobates aux sons de diverses interprétations, notamment en référence aux activités du CPHB pour la défense des droits de l’homme, sa reconnaissance d’autres cultures, d’autres utopies (Argentine, Bénin, Roumanie avec des valses jouées par des Rom, Sri Lanka, Algérie, Suisse, le 9/3 et son rap dansé…).

 







Des Japonaises ont trouvé la porte ouverte, se sont promenées dans la nef, puis sont montées sur les marches de l’autel qu’elles ont inspecté de tous les côtés, comme nous le ferions dans leurs temples ou comme un architecte à la recherche de détails à restaurer. Hésitant un moment à grimper sur la chaise ou carrément sur le symbole de la cène pour occuper la meilleure place pour un photographe, elles se sont finalement installées sur les sièges réservés au clergé. Tout était permis, ce soir-là, mais bizarrement, personne n’a osé franchir les limites.

 

Après cette halte qui comportait aussi une buvette et un petit buffet, il était temps de rejoindre une autre Station.

 

Celle-là aussi était plutôt confidentielle. Mon ex-camarade de cours municipal en création visuelle m’avait spécialement invitée, 

 

Axel Rogier-Waeselynck. Je le cite :

 

Stations

 

Installation interactive sur la placette à l’angle du quai de Valmy et de la rue Jean Poulmarch, dans le 10e arrondissement.

 

Explication : à mi-chemin entre le mobilier et la sculpture, Stations est une structure phosphorescente qui, exploitant les propriétés photosensibles, conserve la trace des corps et des objets avec lesquels elle entre en contact. Cette œuvre interactive invite le public à participer et devient point de rencontre, catalyseur d’échanges.

 

www.101112.fr

 

Félicitations, Axel ! Parmi les 18 meilleures photos de 20 Minutes, « Stations » est en 4e position.

 

 

 

 

Sur le chemin du retour, je me suis reposée à l’orée de la Forêt des Mânes, plantée au Centre International d’Accueil et d’Échanges des Récollets. Nous y étions toujours dans le culte et la culture, un véritable enchantement.

 

 

Minuit passé, le charme allait être rompu, des gouttes se mirent à tomber. Les anges gardiens me recommandaient de rentrer vite en métro, et ce fut de bon conseil.  Quelques minutes plus tard, le trafic sur la ligne 4 cessa, car un voyageur avait été lâché par ses anges protecteurs et perdu la vie à Saint-Michel…, la pauvre victime n’avait pas compris le message « Gare aux anges ».

 

 

 

Le jour suivant la nuit est gris.

Gris par les nuages réels et symboliques. Le pape n’a pas aimé la soirée selon Saint Merri. Il vient de lancer dans son homélie : "Des nations un temps riches de foi et de vocations perdent désormais leur identité propre, sous l'influence délétère et destructrice d'une certaine culture moderne". Il commence en Italie le marathon de lecture biblique à la télévision…

Pour sûr, l’adjoint à la Culture du maire de Paris, Christophe Girard, aimerait bien regarder cette performance biblique à la télévision italienne, il dit, s’exprimant sur la Nuit blanche : "Les églises, comme les théâtres ou les universités sont les lieux de savoir et ouvrent une voie vers une dimension spirituelle de la vie". 

Il est ému par l’implication des 80 bénévoles de la paroisse Saint-Eustache agréée et financée officiellement par la Ville pour la Nuit blanche.

 

Moi, ce que j’avais cherché et trouvé, c’est la dimension culturelle de la vie, la joie que communiquent la créativité et la création humaine.

L’art n’existe que par le regard : le regard intérieur et extériorisé, l’œil qui observe et écoute – le regard du créateur et du destinataire. Sans l’art, il n’y a pas de bonheur, ni de poésie, ni de créativité, donc pas de réflexion, pas de science, pas d’évolution, ni d’échanges.

 

Malgré une soirée dans l’ensemble agréable, il n’empêche : nous ferions certainement mieux de faire des nuits blanches quand bon nous semble, et pas uniquement sur commande de l’Hôtel de Ville qui avait eu l’idée en 2002, quand les fêtards décidèrent d’aller s’amuser plutôt à Londres ou à Hong Kong, estimant qu’il n’y avait plus de vie nocturne à Paris. C’était donc une opération marketing pour faire remplir de nouveau les boîtes et d’autres lieux de réjouissances nocturnes parisiens, excellente source pour la TVA et la taxe professionnelle.



Rayon vert le 1/2 octobre 2005 entre l'Observatoire et Montmartre, le long de la Méridienne de Paris pour mesurer la vitesse de la lumière. Résultat une moyenne de 299 840 km/s.




 

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