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1 octobre 2008 3 01 /10 /octobre /2008 18:23

Mardi soir, j’ai pris le train en marche à la gare centrale de Zurich. À la recherche de l’Arnaque en ces temps de préoccupations matérielles, je zappais entre plusieurs écrans et fus captivée instantanément par le cadeau offert aux Suisses de passage dans le hall des pas perdus - un opéra lyrique qui, pour une fois, fut plus captivant qu’un western, plus surprenant qu’un match de foot.



J’ignore combien de voyageurs ont raté leur correspondance, combien de badauds et artistes ont pris froid dans les courants d’air. Je sais en revanche que pour les téléspectateurs et internautes, le spectacle fut émouvant : 

La Traviata

de Guiseppe Verdi

Opéra en 3 actes et 4 tableaux
Livret de Francesco Maria Piave
d'après "La Dame aux Camélias" d'Alexandre Dumas
Créé le 6 mars 1853 au Teatro La Fenice - Venise

 

Tra voi tra voi saprò dividere
il tempo mio giocondo;
Tutto è follia nel mondo
Ciò che non è piacer.
Godiam, fugace e rapido
e'il gaudio dell’amore,
e'un fior che nasce e muore,
ne più si può goder.
Godiam c'invita un fervido
accento lusighier.

 

Pour chanter cet air, il faut être une grande soprano, comme Eva Mei. Tout le monde, en revanche,  sait fredonner le chœur des Bohémiens qui est un moment fort de la scène du bal masqué ; or le plus souvent, l’auditeur occasionnel ne sait pas le situer dans son contexte.

 

L’histoire du drame sentimental se déroule dans les salons parisiens du 19e siècle. Le metteur en scène, Adrian Marthaler, a osé la transposer au cœur d’un lieu de transit. Dans l’ensemble, le changement de lieu a été une réussite, en ce qu’il insérait l’œuvre dans notre époque et rapprocha les interprètes des spectateurs.

 

Les paroles du livret n’ont pas été modifiées pour l’occasion, ce qui donna quelques scènes cocasses : « Prend l’argent dans ma commode » - alors que Violetta était assise dans la salle d’un restaurant de la gare ; sa servante interpréta « commode » par « sac à main »…

 

http://www.arte.tv/fr/Echappees-culturelles/traviata/2198144.html

 

 

Pendant l’entre-acte, quelques spectateurs et participants ont pu exprimer leur enthousiasme devant les micros d’Arte. Certains ont manifesté le souhait de voir prochainement dans les mêmes conditions « Le Hollandais volant ». Hollandais volant ? Il est vrai que les Suisses de Zurich parlent comme leurs voisins allemands qui ne connaissent pas « Le vaisseau fantôme »…

 

En parallèle à la retransmission en direct se déroulait un tchat animé sur http//www.arte.tv/. Gabriella y dit notamment : « Tout simplement formidable. Il faut que le spectacle vienne à Paris, il y a plein de gares… »

 

Je ne vois que la gare de Lyon, à la rigueur la gare du Nord, qui pourraient prendre le relais. La gare Midi à Bruxelles ressemble comme une jumelle à celle de Zurich. A Paris, c’est la gare de l’Est qui avait parfois donné accès à la culture – mais pour des impératifs de rentabilité financière, ces manifestations ne sont plus que des souvenirs.



 

A tous ceux qui n’ont pas vu La Traviata mardi soir, il reste exactement 21 jours pour la regarder en différé sur http.www.arte.tv/traviata ou, plus facile, sur http//plus7.arte.tv.fr. Ce sont 96 minutes de bonheur ! J’aimerais bien qu’Arte rende définitivement accessibles toutes ces belles émissions, comme les Théma sur la Chine, l’Inde, Archimède… Pourquoi les retirer des archives au bout d’un temps restreint ?

 

 

 

 

 

Dernier ajout : l’audimat du 30 septembre 2008.

 

La Traviata a été suivie par 343.000 téléspectateurs en France, soit 1,4 % de part d’audience et par 577.000 spectateurs de la SF, soit 34,4 % de part d’audience.

 

www.sf.tv/sf1/latraviata/index.php

 

 

A comparer avec le suivi des programmes sur les autres chaines françaises au même moment :

TF1 – Football, 6.583.000 =  27,5 %

France2 – Françoise Sagan, 4.266.000 = 17,5 %

M6 – Desperate Housewives,  3.883.000 = 15.3 %

France3 – L’arnaque, 3.227.000 = 14,5 %

 

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commentaires

Ruisseau 26/10/2008 12:23

attention cela devient de plus en plus pro........

Fait attention a ne pas te remettre au boulot......

En tout cas le design est super, ta rédaction bien léchée, enfin bravo pour ce travail.

Je pense que tu va être reprise par certains médias.

Catherine 01/10/2008 20:43

il n'est pas étonnant que les Suisses parlent du "Hollandais volant", puisque c'est le titre original de la pièce écrite par le poete Heinrich Heine en 1830, chef d'oeuvre que j'ai pu voir à deux reprises:je suis une "fan" de Wagner.
quand à Traviata, ayant assisté à une dizaine des reprises entre autre au remarquable festival de St Céré (46) en plein air, il m'a semblé qq peu étrange de situer l'action ds une gare: apparement j'ai mal jugé et n'ais donc pas vu la diffusion !!
petite anecdote : lors d'une représentation de Traviata en compagnie des Enfants (Fabien devait avoir une douzaine d'années) j'avais une infection pulmonaire et je toussais comme la Dame aux Camélias durant tout l'opéra !!!
amitiés

Anne-Marie 01/10/2008 23:57



 


 
Merci pour votre commentaire, chère Catherine !

Comme vous, je n’avais pas envie, à priori, de regarder la retransmission d’un opéra présenté dans une gare – j’avais été éduquée à
admirer seules les œuvres répondant à la rigueur et l’excellence exigées par les « vrais » mélomanes germaniques… Nous avions tous été plus ou moins dressés par Karajan… Ainsi lorsque
ma fille, collégienne à Paris, participait à un opéra de Mozart, je fus choquée à l’idée que des enfants de 10 à 18 ans puissent « avoir la prétention » de monter La Flute enchantée. En fait, au lieu d’assister à une profanation, je fus émerveillée par la fraicheur et la qualité des jeunes voix.


 


Mardi soir, je suis « tombée » sur la Traviata au 2e acte qui m’a instantanément captivée.


 


Intérieurement, je ne croyais pas au prétexte avancé par le père d’Antonio qui déclarait vouloir protéger l’honneur de la famille
en mettant fin à la liaison. Je pensais que ce père mentait, qu’il ne voulait pas avouer que Violetta était sa fille naturelle… Cela rendait le dialogue encore plus poignant. Vous voyez pour moi,
seule l’éventualité d’un inceste justifierait la fin d’une relation amoureuse, les questions d’honneur pouvant être réglées par d’autres moyens.


 


La « phtisie » de Violetta n’a pas disparu du tableau des maladies au 21e siècle. Médecins du Monde avaient attiré l’attention sur la réapparition de cette forme de tuberculose chez les populations indigentes en France… Les Allemands
l’appelaient « Schwindsucht » au 19e siècle, la maladie qui consume et fait disparaître celui qui en est atteint.


 


- C’est en effet, comme vous dites,  Heinrich Heine qui inspira Richard
Wagner pour l’écriture de son œuvre « Der fliegende Holländer ». Wagner avait effectué une traversée sur une mer agitée et se rappela une
vieille légende racontée par Heine dans son livre mi-romantique, mi-sarcastique, «Die Memoiren des Herrn Schnabelewopski » :  


Die Fabel von dem Fliegenden Holländer ist euch gewiss bekannt. Es
ist die Geschichte von dem verwünschten Schiffe, das nie in den Hafen gelangen kann, und jetzt schon seit undenklicher Zeit auf dem Meere herumfährt. ….


 


 


(Heinrich Heine est enterré au grand cimetière de Montmartre, je nettoie de temps en temps sa tombe.)

Les plus anciennes versions écrites de la légende datent du 18e siècle et font référence au contournement du Cap Horn par les premiers navigateurs.


 


Si les Français retiennent « Le Vaisseau fantôme », "Das Geisterschiff", c’est dû à Pierre-Louis Dietsch qui
présenta à Paris en 1842 son opéra composé à partir d’une esquisse de Wagner à qui on avait refusé de passer commande. Le titre que Richard Wagner choisit pour la reprise de son œuvre et sa
création totalement indépendante et différente de celle de Dietsch est donc bien « Le Hollandais volant », comme disent les Suisses dans la gare de Zurich, ce qui nous ramène à la
Traviata…


 


 


 


Je viens d’envoyer un mail demandant à ARTE de rendre la dernière partie de
l’enregistrement accessible aux internautes sur son site. Car la vidéo disponible s’arrête à la fin de l’acte II. Vous pouvez néanmoins regarder jusque là et me dire, ce que vous pensez de cette
modernité.


Bien à vous,


  



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